DE LA QUALITE ARCHITECTURALE
Mohamed BEN
EL KHADIR § Abderrafih LAHBABI
Depuis une trentaine d'année, l'économie marocaine a connu
une importante évolution. Certains secteurs comme l'agriculture, le textile,
les services, les communications, ont connu une certaine avancée, alors que
le secteur du bâtiment est resté égal à lui-même et n'a pas connu la même évolution
; on peut même dire qu'il a régressé par moments. Il est aujourd'hui marqué,
dans l'essentiel de ses composantes, par un archaïsme dans les structures et
un manque d'innovation dans le produit final ; de sorte que le volume de logements
construits, se situe toujours autour de 50.000 logements par an, ce depuis plusieurs
années. Cette situation n'ouvre évidemment aucune perspective sérieuse au dépassement
ni quantitatif ni qualitatif de la crise du logement dans notre pays.
Comment expliquer cette situation de quasi-blocage dans
laquelle se trouve la production architecturale actuelle ? Comment se fait-il
que les facilités d'échanges et de communication, et celles aussi de certains
transferts de technologies et de "savoir-faire", qui ont stimulé la
performance et le développement de bon nombre d'activités par ailleurs, aient
si peu affecté les activités liées au bâtiment et à la production architecturale
?
Pour répondre à cette interrogation, il faut s'accorder
à dire qu'une oeuvre architecturale n'est pas seulement celle de l'architecte
qui l'a conçue, mais qu'elle est aussi une oeuvre collective où l'environnement
économique, technologique, administratif et culturel la façonnent souvent plus
fortement que l'homme de l'art. A partir de là, d'autres interrogations s'imposent.
1/ Où en est le milieu industriel
du Bâtiment ? Que produit-il et comment sa production façonne-t-elle notre architecture
? Où en sont la technologie et la recherche dans le bâtiment ?
2/ Quelle est la structure
de l'entreprise marocaine ? Comment est-elle gérée ? Quelles sont ses capacités,
notamment en matière d'innovation technique et de maîtrise de l'art de bâtir
?
3/ Dans quel environnement
réglementaire et administratif se mue notre production architecturale ? Cet
environnement est-il un handicap ou un stimulateur pour la qualité architecturale
?
4/ Enfin, notre espace culturel,
est-il animé dans le domaine de l'architecture par des courants de pensée ou
des conflits idéologiques ? L'architecture a-t-elle la place qui lui revient
dans cette recherche d'identité culturelle à laquelle nous aspirons tous.
Il importe que différents éclairages soient portés sur ces
questions, pour que tous les partenaires impliqués dans la production architecturale
soient conscients du rôle que chacun
doit y assumer.
1/ Le milieu industriel et technologique
du bâtiment
Il est constitué, nous semble-t-il, de trois segments différents:
* un premier segment qu'on pourrait qualifier de moderne ; il est lié à l'extérieur
(le Nord bien entendu !) dont il emprunte (il mime plutôt !) les normes et les
standards. Il importe toutes sortes de technologies, de matériaux et de produits,
pour répondre aux besoins d'une demande généralement solvable. Cette demande,
tout en étant limitée par rapport au volume général de ce qui se construit,
est assez significative dans certains centres de villes, et marque très sensiblement
le paysage architectural. Au début des années 70, depuis l'entrée Sud de Casablanca,
le siège d'un prestigieux office a donné le coup d'envoi à ce type de production
architecturale, en dressant son énorme masse de verre noire, dans la blancheur
générale du site casablancais. Des sièges d'institutions bancaires, des hôtels,
des immeubles d'habitations de luxe, ont depuis, emboîté le pas à cet exemple.
* un deuxième segment des industries
du bâtiment concerne celui dont la production est locale ; cette production
est destinée essentiellement à la demande majoritaire dans le pays :en gros,
celle des principaux équipements publics (écoles, hôpitaux, administrations,
etc..), des résidences collectives ou individuelles. La gamme de matériaux et
fournitures que ce segment met sur le marché, n'a connu tout au long de ces
dernières décennies, aucune variation notable, à même d'affecter l'aspect qualitatif
de la production architecturale. La pierre, le béton armé, les corps creux (hourdis,
briques, agglomérés), forment l'essentiel d'une technologie élémentaire. Les
variétés et la qualité limitées de ces matériaux astreignent les concepteurs
de projets à des restrictions successives. Le produit architectural, d'élaboré
qu'il était naguère, devient banal, et affaire de profanes aujourd'hui. Les
ouvrages courants que l'on voit se réaliser partout de nos jours, renvoient
l'image du non achevé, de l'inconsistant, associant des formes, des matières
et des couleurs sans liens entre elles.
* un troisième segment des industries
du bâtiment est celui de l'informel ; fabricants et fournisseurs y agissent
dans la clandestinité, ainsi que leurs clients ; ils érigent selon des pratiques
rodées et dans des délais records, des quartiers entiers d'un "sous-habitat"
populaire qui correspond, dans sa forme la plus sommaire, à ce modèle tant décrié
des lotissements d'auto-construction ; il est caractérisé par un rez-de-chaussée
commercial haut de 4m environ, surmonté d'un ou plusieurs étages en saillie
sur ce rez-de-chaussée, et comportant des ouvertures de forme rectangulaires
simplistes. Dans ce sous-habitat, les matériaux et techniques de construction
n'obéissent à aucune norme, et ne subissent aucun contrôle ; tout est récupéré
pour les besoins de constructions hâtives et désuètes : ciments non adaptés,
aciers tordus ayant perdu l'essentiel de leur résistance, briques et parpaings
fabriqués clandestinement dans les petits dépôts retirés. L'absence de professionnalisme
dans ce secteur, implique celle de toute norme de sécurité. Quand la nature,
généralement bonne mère, réagit d'une manière ou d'une autre, c'est parmi ces
constructions populaires, faites à partir de ces matériaux, que l'on recense
les plus gros dégâts.
Les trois différents segments des industries du bâtiment
qui viennent d'être énumérés, coexistent depuis fort longtemps, et façonnent
dans nos villes récentes, des paysages architecturaux hétérogènes, en phase
avec la disparité de la demande.
2/ L'entreprise du bâtiment
Cependant, contrairement à ce qu'il y parait, de prime abord,
les disponibilités d'un milieu en matériaux variés et de bonne qualité, normalisés
et contrôlés, ne sont pas de nature à contribuer, à elles seules, à la qualité
d'une production architecturale ; l'entreprise de réalisation, par sa structure
organisationnelle, par la rigueur de sa gestion, par la qualification de son
personnel et son encadrement, y prend une part déterminante. A cet égard, et
malgré les succès relatifs qu'elle a pu afficher ici ou là, l'entreprise marocaine
du bâtiment est restée, en général, très peu convaincante dans les réponses
qu'elle a apportées aux problèmes posés par le secteur, qu'ils soient d'ordre
quantitatif ou d'ordre qualitatif. Les entreprises performantes sont peu nombreuses
et on ne saurait dissimuler que la grande majorité des entrepreneurs est constituée
d'amateurs ou saisonniers qui font beaucoup de tort au secteur du bâtiment.
Quelles sont les principales limites au développement de l'entreprise marocaine
?
* Un certain amateurisme ! Quelle
que soit sa taille, l'entreprise marocaine du bâtiment est fréquemment familiale.
De ce simple fait, on imagine les difficultés d'ordre organisationnel et de
gestion qu'elle peut connaître : une direction qui ne subit aucun contrôle,
qui n'est astreinte à aucune rigueur de gestion ; ceci la fragilise. Beaucoup
d'entreprises ont grandi et ont vite périclité parce
qu'elles n'ont pas su se dégager de leur statut d'entreprise familiale.(Hadj
Omar Teissir, Mohamed Ben Abdellah, Lahcen Fahim et bien d'autres )
Construire selon les "règles de l'art", était
la norme majeure pour les entrepreneurs d'antan, et supplantait toute autre
considération . Les époques pré-coloniales et coloniales ont connu de grands
moments de gloire dans l'art de bâtir au Maroc. A travers tout le legs qu'elles
ont laissé et qui est encore vivant aujourd'hui, on peut apprécier toutes les
prouesses et toutes les finesses de cet art, ainsi que la grande compétence
des "Maâlimines" qui en sont les auteurs. Aujourd'hui, il est communément
admis qu'on peut être entrepreneur en bâtiment, sans formation technique aucune,
sans qualification, mais du simple fait de ses capacités financières ; de cela
aussi résulte, la grande régression que l'on constate, dans notre art de bâtir.
L'innovation technique, ou plus modestement l'amélioration des techniques de
construction, parait dans ces conditions, un leurre!
* Un mauvais encadrement et une main-d'oeuvre peu qualifiée
: l'entreprise marocaine du bâtiment, est parmi toutes,
celle où l'encadrement fait le plus défaut ; plus particulièrement, l'encadrement
technique opérant sur le terrain. Rare sont les entreprises qui disposent d'ingénieurs
d'encadrement et encore moins d'équipes de recherche. Le chantier est souvent
livré au chef de chantier plus ou moins qualifié, souvent aussi peu lettré que
l'entrepreneur-amateur. Des erreurs d'interprétation sont commises, qui portent
à conséquences parfois ; elles incitent les maîtres d’œuvre à des interventions
fréquentes de rattrapage de ces erreurs, lesquelles sont souvent préjudiciables
à la qualité des projets.
En parallèle à cette insuffisance quant à son encadrement,
l'entreprise marocaine du bâtiment est un des premiers réceptacles de main-d’œuvre
non qualifiée, à la recherche de son premier emploi. Cette main-d’œuvre, abondante
et bon marché, représente un véritable handicap pour la qualité de la construction
; elle se considère en situation de transit auprès de l'entreprise. L'apprentissage
n'est pas son objectif puisqu'elle peut changer de secteur d'activité en fonction
des salaires et des saisons.
* La règle du moins disant: la disparité
entre entreprises, les procédures d'appel d'offres et de passation des marchés,
constituent elles aussi, un handicap au développement de la qualité dans la
production architecturale. La règle du moins-disant dans la concurrence, pour
les marchés publics, avantage sans conteste, l'entreprise peu soucieuse du respect
de ses engagements vis à vis de la qualité. Pour conclure un marché, coûte que
coûte, il est fait abstraction de toute logique en matière de définition des
prix ; ceux-ci sont littéralement "cassés", à la grande satisfaction
des commissions d'adjudication ; par la suite, l'entreprise retenue, pour minimiser
ses pertes (ou augmenter ses gains !) fait appel à une main d’œuvre peu qualifiée,
parce que moins coûteuse, utilise des produits et fournitures de gamme inférieure
à celle pour laquelle est s'est engagée ; outre la qualité et les délais d'exécution
des travaux qui vont en être grandement affectés, les coûts de revient subiront
aussi les hausses conséquentes.
* Des coûts très élevés : la
conséquence de la stagnation de l'industrie du bâtiment est non seulement sa
performance très limitée au niveau de la qualité, mais aussi au niveau des coûts.
En effet, l'usage de la main-d’œuvre peu qualifiée et à bas prix interdit l'accès
à l'innovation technologique et à la réduction des coûts. Ainsi ,si le coût
du m2 couvert au Maroc équivaut au SMIG , dans la Communauté Européenne , il
est environ égal à la moitié du SMIG de ces pays avec une qualité de prestation très nettement
supérieure.
3/ L'environnement réglementaire et
administratif
On ne peut imputer à la seule entreprise marocaine, toutes
les insuffisances en qualité de notre production architecturale. Ces insuffisances
sont aussi le résultat de pratiques et comportements peu responsables, qu'autorise
notre environnement réglementaire et
administratif. Plusieurs facteurs se conjuguent à ce niveau pour affecter le
produit architectural dans sa qualité :
* le flou des programmes :
signalons tout d'abord, l'imprécision, (ou l'excès de directives) qui caractérise
généralement les programmes des réalisations, au stade des études de projets
; ce flou des programmes donne lieu, à des stades avancés des travaux, à des
demandes de modifications de la part du maître d'ouvrage, aux conséquences souvent
préjudiciables à la qualité initiale du projet. D'incessants atermoiements jalonnent
ainsi la phase des études de projets et leur instruction par certains maîtres
d'ouvrages ; ils arrivent à émousser l'intérêt que les concepteurs veulent porter
aux projets, et instaurent une situation de lassitude entre eux et les clients,
situation d'où résulte des "compromis de projets" aux qualités architecturales
peu affirmées.
* la lourdeur des procédures : avec
les services du plan de la Préfecture,
ceux des Communes, ceux des Agences Urbaines, ceux de la Direction de l'Urbanisme,
ou encore ceux de services concédés (RAD, PTT, Pompiers, etc..), il faudra négocier
des mois durant, l'interprétation des règlements très souvent obsolètes ; leur
application faite à la lettre, ne vise pas la sauvegarde de l'ensemble urbain
(rue, place, quartier) en tant qu'espace public, redevable auprès de tous de
qualités d'esthétique et d'usage, mais vise plutôt la sauvegarde de la routine
administrative. Une autorisation de construire à Casablanca, par exemple, peut
nécessiter aujourd'hui jusqu'à un an de délai d'examen. Un projet peut effectuer
d'incessants va-et-vient, à propos d'observations sans intérêts ; les problèmes
majeurs d'insertion dans le cadre urbain ou ceux de l'esthétique urbaine sont
abordés d'une manière rapide et peu approfondie. La gestion urbaine, aux yeux
de beaucoup, s'arrête ainsi à la confection de plans d'urbanisme et de règlements
opposables au tiers ; on ne conçoit pas l'opérationnalité de ces instruments
en termes de concertation, de partenariat, ou d'incitation au développement
de la ville, mais en termes d'interdits à faire respecter.
* les aléas du financement : l'exécution
des travaux d'un projet, n'est pas moins exempte des effets néfastes, des procédures
et règlements de notre environnement administratif:
- Les retards dans les paiements
des décomptes d'entrepreneurs, pour toutes sortes de raisons, entraînent des
retards encore plus longs dans l'exécution des travaux. La qualité architecturale
des projets s'en ressent bien entendu.
- De même les prévisions financières, faites à la hâte
lors du lancement des opérations, et qui s'avèrent impossibles à respecter en
cours d'exécution des travaux, conduisent à des reprises de projets qui les
dénaturent et affectent leurs qualités : des projets intégrés et uniques sont
atrophiés ou scindés en plusieurs morceaux ; ceux qui seront différés laisseront
la marque incompréhensible de mise en forme de l'espace donnant cet impression
de projet non terminé.
4/ Les architectes et la création
architecturale
On ne peut prendre toutes les libertés dans la dénonciation
de ce qui contribue à nuire à la qualité architecturale, pour taire tout propos
concernant les architectes eux-mêmes, sur ce sujet ; on ne peut nier en effet
qu'ils ont, eux aussi, une grande responsabilité dans la détérioration que connaissent
les paysages architecturaux de nos villes.
* Un constat
Pour le profane comme pour
le citoyen averti, il semble difficile de percevoir matière à discernement dans
la production de bon nombre d'architectes. Un vocabulaire architectural d'amalgame
fleurit à profusion dans cette production ; sur une même façade d'un ouvrage,
un fronton grec côtoie un chapiteau "arabo-andalous" ; des colonnes
trapues, armées pour recevoir de très lourds ouvrages, supportent de minuscules
auvents couverts de tuiles ; des corniches en pierre appareillée couronnent
des façades "murs-rideaux" en verre ; des arcs, toutes sortes d'arcs,
entrent dans des combinaisons arbitraires ! L'anecdote ou la provocation, peuvent
constituer prétexte à architecture quand elles procèdent de recherches sensibles
; elles donnent lieu au grotesque quand elles procèdent de gestes désinvoltes
et négligents !
Quelle explication donner
à cette situation ? Plusieurs facteurs peuvent concourir pour la formulation
d'une réponse.
*Des tendances architecturales mal engagées
Plusieurs "tendances" architecturales, nous semblent,
coexister actuellement sur l'arène de la production architecturale marocaine.
Elles ont toutes la même quête vis à vis de cet éternel dilemme, tradition-modernité,
une quête d'intégration, sans aucun doute ; elles l'ont brandie, en toutes circonstances,
comme exigence majeure dans toutes leurs investigations. Mais elle a donné lieu,
dans les faits, à des expériences peu concluantes, et qui sont restées de ce
fait, sans lendemain.
* Devant pareille exigence,
une première "tendance" architecturale, en réalité peu soucieuse des
dilemmes posés, se réfugie dans une pratique qu'inspirent les modèles internationaux
dits modernes ou post-modernes: Architecture d'accroche oeil , de formes et
de matériaux très éclectiques.
* A l'opposé, une deuxième
"tendance", prisonnière de ces dilemmes, mène des recherches fragmentaires
et isolées auxquelles les courts délais
d'études des projets, ne permettent pas d'aboutir. On l'oublie souvent, nos
architectures traditionnelles procèdent d'un savoir étendu et complexe, ayant
des règles précises de composition, des tracés rigoureux, des techniques de
mise en oeuvre laborieuses. Pour être intégrées dans une pratique contemporaine,
elles ont besoin d'être rendues vivantes par la connaissance et l'enseignement.
Ceci n'a pas été et n'est toujours pas à l'ordre du jour, dans nos institutions
de formation.
* Enfin par affairisme ou
par dés abus, une troisième "tendance" existe ; elle est persuadée
que le rôle de l'architecte se limite tout simplement à servir au client le
pastiche qu'il veut. Elle réduit la vocation de l'architecte à un producteur
de plans pour l'obtention de l'autorisation de construire.
De ces trois "tendances", résulte une panoplie
d'expressions architecturales qui se développent dans nos villes ; la confusion
qu'elles affichent fait qu'on ne peut affirmer aujourd'hui, que notre architecture
ait trouvé sa voie.
*L'architecture officielle !
Le discours dominant
veut faire du style architectural arabo-andalous le modèle de référence pour
tous les architectes. Ceci fait que nous assistons aujourd'hui à l'apparition
de réalisations, faussement inspirées de ce style, dans toutes les régions du
Maroc, sans aucune considération ni pour les architectures régionales et leurs
spécificités locales ni pour la créativité de l'architecte . On sait que l'architecture
marocaine est riche et variée par ses nombreuses architectures régionales ;
la tendance qu'ont certains maître d’ouvrage de privilégier l'architecture arabo-andalouse
réduit les possibilités d'émancipation et d'adaptation des architectures régionales.
En plus, cela produit des effets pervers, notamment dans certaines régions où
ce modèle est loin d'être connu ; en effet,
des maallmines non habitués à
ses formes et à ses matériaux, ne peuvent produire que des pastiches de formes
bâtardes et très mal exécutées.
*Vers un débat architectural
Face à ce discours dominant, le silence des architectes
eux-mêmes et celui de leurs instances représentatives constituent le deuxième
facteur qui entretient la confusion sur cette question de la qualité architecturale
; c'est que le débat fondamental qu'exige cette question, depuis maintenant plusieurs décennies,
n'a toujours pas eu lieu ! De ce fait, l'émergence d'une architecture dans laquelle
notre milieu se retrouverait est toujours en suspens.
La bataille de la qualité architecturale se fait essentiellement
entre les architectes et les décideurs. Autrement dit, le débat ne se fait pas
entre hommes professionnels, chercheurs et critiques d'art. Certains architectes
sont obligés de compromettre leur projet pour les faire aboutir, d'autre se
battent pour une architecture différente, ils sont souvent incompris et isolés.
La qualité d'une production architecturale résulte de facteurs
multiples, touchant tout à la fois, les concepteurs de projets, ceux qui contribuent
à leur réalisation et le milieu institutionnel de contrôle et de gestion.
De la capacité de tous ces partenaires, à entreprendre l'effort
de réflexion nécessaire, pour une grande clarification des orientations et objectifs
de cette qualité, de leur aptitude à modifier leurs propres comportements, pour
moderniser, assouplir, et rendre plus performants leurs structures organisationnelles
et leurs outils d'action, dépendront les progrès, en matière de qualité, dont
notre production architecturale a grandement besoin.
M.BENELKHADIR
§ A.R LAHBABI
Architectes